Inquisition

ensemble d'institutions créées par l'Église catholique romaine dans le but de combattre l'hérésie / De Wikipedia, l'encyclopédie libre

L’Inquisition (du mot latin inquisitio signifiant enquête, recherche) est une juridiction spécialisée (autrement dit un tribunal), créée au XIIIe siècle par l'Église catholique et relevant du droit canonique. Le but était de combattre l'hérésie, en faisant appliquer aux catholiques qui ne respectaient pas les dogmes des peines variant de simples peines spirituelles (prières, pénitences) à des amendes lorsque l'hérésie n'était pas établie[1], et de la confiscation de tous les biens[2] à la peine de mort[3] pour les apostats relaps. Combattant les hérésies, l'Inquisition ne pouvait condamner que des catholiques — dont ceux qui avaient fait le choix libre du baptême[4]. Bien qu’il ait été possible de prononcer la peine de mort, elle ne l’a été que très rarement puisqu'Anne Brenon, spécialiste du catharisme, estime à 3 000 le nombre de peines de mort prononcées par des juridictions ecclésiastiques durant cinq siècles à travers l'Europe.

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Inquisition

Armoiries de l’Inquisition espagnole : de part et d’autre de la croix symbolisant le caractère spirituel de l’Inquisition, sont représentés le rameau d’olivier symbolisant la grâce et l’épée symbolisant le châtiment.
Situation
Changement de nom Sacrée congrégation du Saint-Office
Congrégation pour la doctrine de la foi
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Inquisition, Édouard Moyse, XIXe s.

L'Inquisition est une procédure écrite basée sur le recueil et le recoupement de témoignages contradictoires qui a donné son nom à une juridiction religieuse spéciale créée au début du XIIIe siècle en France pour lutter contre les hérésies cathare et vaudoise qui avaient pris une dimension de rébellion politique dans le Midi Toulousain. En raison de ses excès, elle a été supprimée définitivement par le roi saint Louis qui l'a remplacée par la juridiction de l'Official qui ne pouvait plus délivrer de peines criminelles sans décision d'une juridiction civile. L'histoire de l'Inquisition en France a été polluée depuis le début du XIXe siècle par des archives fabriquées par un célèbre faussaire, Étienne de La Mothe-Langon, publiées en 1829 dans son Histoire de l'Inquisition en France et reprises par tous les historiens, notamment Jules Michelet. Les procès faits aux Templiers et à Jeanne d'Arc ont été fait par des juridictions exceptionnelles créées pour l'occasion, et supprimées ensuite.

À la fin du Moyen Âge, le concept et la portée de l'Inquisition furent significativement étendus, en Espagne et au Portugal ainsi qu'aux colonies de leur empire, en particulier sous l'influence des franciscains et de dominicains, pour traquer les juifs marranes et les musulmans morisques convertis extérieurement au catholicisme mais encore attachés à leur foi première. À la fin du XVe siècle, en particulier, l'Inquisition espagnole condamna environ 2 000 hérétiques au bûcher[5], organisant des autodafés de grande ampleur qui ont instauré une terreur durable ; ensuite, la proportion des peines les plus lourdes diminua rapidement au cours du XVIe siècle après l'expulsion des Juifs et des musulmans.

Alors qu'elle était sur le déclin, les opposants à l'Inquisition, en particulier les protestants des pays colonisateurs concurrents de l'Empire espagnol, ont commencé une campagne de contre-propagande qui a popularisé une exagération de sa violence réelle. L'opéra Don Carlos et le passage du Grand Inquisiteur dans Les Frères Karamazov ont contribué à asseoir la légende noire de l'Inquisition.

L'institution a perduré au XVIIIe siècle avant d'être abolie hors des États du Pape au début du XIXe siècle, après les guerres napoléoniennes. Le pape Pie X l'a remplacée en 1908 par la Sacrée congrégation du Saint-Office, une des congrégations de la Curie romaine. Le pape Paul VI a remplacé en 1965 le Saint-Office par la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui a fait prévaloir sur l'aspect punitif de la condamnation l'aspect positif de la correction de l'erreur, de la garde, de la préservation et de la promotion de la foi (Motu proprio Integræ servandæ[6] du )[7].

Dans l'Histoire, il y a eu plusieurs juridictions spécialisées de ce type. Il est possible de distinguer trois différentes inquisitions, qui font l'objet d'articles séparés :

  1. l'Inquisition médiévale, introduite devant les tribunaux ecclésiastiques par le pape Grégoire IX en 1231 ;
  2. l'Inquisition espagnole, inféodée à la couronne d'Espagne, fondée en 1478 et supprimée en 1834, et l'Inquisition portugaise, inféodée à celle du Portugal, lesquelles opéraient aussi dans les colonies de ces pays ;
  3. l'Inquisition romaine (Congrégation de l'Inquisition romaine et universelle), fondée en 1542, remplacée par la Sacrée Congrégation du Saint-Office en 1908.

Le présent article traite du fonctionnement institutionnel et procédural de l'Inquisition, par rapport à l'approche catholique de l'hérésie et à sa justification politique. Les aspects historiques se limitent ici aux origines de l'Inquisition, à la chronologie générale des événements et à l'histoire des représentations de cette institution et de ses acteurs (fonctionnaires et victimes), qui ont fait l'objet d'une propagande intense et de nombreuses recherches historiques. L'Inquisition conserve aujourd'hui dans la mémoire collective une image de violence et d'arbitraire.

Saint Dominique présidant un auto da fé, Pedro Berruguete, 1475, musée du Prado.
Image allégorique (et anachronique) traduisant le fait que les inquisiteurs étaient souvent dominicains, et que la sanction de l'hérésie pouvait être le bûcher.
Saint Dominique est mort deux siècles avant la création de l'Inquisition espagnole, et les exécutions n'avaient généralement pas lieu pendant les cérémonies d'auto da fé.